
Un patient atteint de sclérose en plaques souffre de spasticité sévère. Son neurologue évoque le Sativex, un médicament à base de cannabis. La question qui suit est presque toujours la même : comment se le procurer en France, dans un cadre légal qui n’a pas fini de se stabiliser ?
Sativex en France : un médicament autorisé mais pas encore accessible en pharmacie
Le Sativex (nabiximols) a obtenu une autorisation de mise sur le marché en France. Son indication porte sur la spasticité liée à la sclérose en plaques, lorsque les traitements classiques se sont révélés insuffisants.
Disposer d’une AMM ne garantit pas la disponibilité en officine. Le Sativex n’est toujours pas commercialisé ni remboursé en France. Un médicament peut être légalement autorisé sans jamais se retrouver sur les étagères d’une pharmacie de ville.
Face à cette situation, patients et médecins doivent emprunter des circuits administratifs plus lourds, mais encadrés par la réglementation. Les options concrètes encore ouvertes sont détaillées sur le site Le Réseau Santé.
Prescription de cannabis thérapeutique : le cadre transitoire de 2026
L’expérimentation française du cannabis médical a débuté en mars 2021 et s’est achevée le 31 décembre 2024. Depuis, plus aucun nouveau patient ne peut y être intégré. Les personnes déjà traitées continuent de bénéficier d’un suivi prolongé.
Selon Service-Public.fr (vérifié le 14 septembre 2026), cette période de transition a été prolongée jusqu’à trois mois après la publication de l’avis de la HAS. Le but est simple : éviter toute rupture de traitement pour les patients encore pris en charge.
Pourquoi ces prolongations successives ? Le cadre réglementaire définitif n’existe pas encore. Le décret fixant les règles de prise en charge a été transmis au Conseil d’État pour examen durant l’été 2026, et la HAS n’a pas rendu son évaluation finale.

C’est l’absence de textes réglementaires complets sur le remboursement et la mise en œuvre qui bloque l’accès réel. La base légale existe. Ce qui manque, c’est le circuit opérationnel pour transformer ce droit théorique en traitement effectif.
Démarches concrètes pour obtenir du Sativex légalement
Trois voies d’accès sont prévues par le droit français. Aucune ne passe par une consultation classique chez le médecin généraliste.
Autorisation temporaire d’utilisation nominative
L’ATU nominative, renommée « accès compassionnel » depuis 2021, permet à un médecin hospitalier de solliciter l’utilisation d’un médicament non commercialisé pour un patient donné. La demande est soumise à l’ANSM, qui statue au cas par cas.
- Le prescripteur doit exercer dans un établissement de santé, le plus souvent en neurologie
- Le dossier doit prouver l’échec ou la contre-indication des traitements disponibles
- L’ANSM accorde ou refuse l’autorisation pour un patient nommément désigné
- La délivrance passe par la pharmacie hospitalière, jamais par une officine de ville
Cette procédure demande du temps et une coordination étroite entre le neurologue, la pharmacie de l’hôpital et l’agence du médicament.
Importation encadrée depuis un pays européen
Le Sativex est commercialisé dans plusieurs pays de l’Union européenne. L’Allemagne, par exemple, l’a intégré à son circuit pharmaceutique classique.
Un médecin français peut, dans des cas exceptionnels, lancer une procédure d’importation via l’ANSM. Le patient ne peut pas commander le produit lui-même à l’étranger : toute importation personnelle d’un médicament contenant du THC reste illégale.
Inclusion dans le suivi post-expérimentation
Les patients ayant participé à l’expérimentation nationale avant le 27 mars 2024 peuvent encore recevoir des prescriptions de médicaments à base de cannabis. Seuls les patients déjà inclus avant cette date sont concernés, et leur suivi se poursuit dans les structures référentes initiales.
Pour un nouveau patient en 2026, cette voie est fermée. Restent l’accès compassionnel ou l’attente du cadre permanent.
Évaluation par la HAS : ce qui bloque et ce qui avance
En juillet 2025, la HAS a publié sa méthode d’évaluation des médicaments à base de cannabis. Ce document, adopté par le Collège le 23 juillet 2025, décrit la façon dont la commission de la transparence examinera ces produits.
Un point déterminant pour les patients : la HAS exclut de cette évaluation les médicaments ayant déjà une AMM. Le Sativex, qui en dispose, relève d’un circuit d’évaluation distinct. Cette nuance administrative modifie directement le calendrier d’accès.

Le modèle français s’oriente vers un circuit pharmaceutique encadré, pas vers un système de dispensaires comparable à ce qui existe au Canada ou dans certains États américains. Chaque médicament à base de cannabis sera évalué individuellement par la commission de la transparence, selon les critères du service médical rendu.
- Le décret d’application, transmis au Conseil d’État durant l’été 2026, doit fixer les conditions de prescription et de remboursement
- L’avis de la HAS, attendu après cette étape, conditionnera la fin de la période transitoire
La spasticité liée à la sclérose en plaques figure parmi les indications prioritaires retenues lors de l’expérimentation. Les données collectées auprès des patients traités nourriront l’évaluation finale.
Le parcours pour obtenir du Sativex en France reste avant tout hospitalier. Le médecin traitant peut orienter vers un neurologue hospitalier, mais la prescription initiale, la demande d’accès compassionnel et la délivrance passent par l’hôpital. Tant que le cadre réglementaire permanent n’est pas publié, cette réalité ne changera pas.